1. Les bathyscaphes français

(1953 - 1960)

Le "F.N.R.S. 3"

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L'origine : Le FNRS 2
Le FNRS 3 La convention franco-belge et la construction
Les premiers essais
La plongée à 4050 mètres
L'exploitation scientifique

 

 

L'origine : Le FNRS 2

Auguste Piccard (1884 – 1962), ingénieur suisse, était Professeur de physique à l'université de Bruxelles. Dans les années 20 il réalise, avec l'aide financière du "Fonds National pour le Recherche Scientifique" belge, les premiers essais de vols stratosphériques en ballon libre. Ce sera le F.N.R.S. 1, le premier aéronef pressurisé.

En 1931 le belge de Vos dépose au F.N.R.S. le projet d'une machine destinée à descendre à 10 000 mètres sous les mers. Il transposait le ballon directement de l'atmosphère au domaine sous-marin. Son flotteur, une grande enveloppe remplie d'essence, était relié à la sphère par un filet.

Au lendemain de la guerre, Auguste Piccard conçoit, à partir des travaux de De Vos, et avec le professeur Cosyns, le bathyscaphe F.N.R.S. 2.

En 1948, sans avoir été testé, le FNRS 2 embarque pour Dakar (Sénégal) où la Marine nationale française prête son concours pour les essais. Une première plongée (professeur Piccard et professeur Monod) à 25 mètres, puis une plongée à vide à plus de 1000 m vont rapidement montrer les limites des choix qui ont été faits par Piccard et Cosyns. Le F.N.R.S. 2 est très endommagé, le flotteur définitivement avarié.

Pendant les mois qui suivent l'avenir du bathyscaphe est incertain. Le flotteur est détruit, la sphère est entreposée à Toulon.

LE FNRS 3

 La convention franco-belge et la construction à Toulon.

En 1950, une convention est signée entre le F.N.R.S., propriétaire de la sphère, et la Marine nationale française. Le FNRS participe au financement d'un nouveau bathyscaphe qui sera construit par la Marine nationale. Le submersible est baptisé FNRS 3. Le professeur Piccard est associé à cette nouvelle construction.

En 1951, le commandant Georges Houot, qui a succédé à Jacques-Yves Cousteau comme commandant du bâtiment-base de recherche sous-marines, l'aviso Élie Monnier, est choisi pour prendre la direction de la construction et des essais du bathyscaphe français, baptisé F.N.R.S. 3. La partie technique était sous la responsabilité de l'ingénieur du génie maritime Gempp remplacé à partir de 1952 par Pierre Willm.

Les relations avec le professeur Piccard sont difficiles et celui-ci décide de rompre l'association avec la Marine française et de faire construire un autre bathyscaphe par un chantier naval italien à Trieste.

Houot et Willm étaient face à une sphère aussi nue que le jour de sa sortie des Aciéries Henricot, à Court-Saint-Etienne (Belgique). Chaque détail de l'équipement du nouveau bathyscaphe devait être imaginé, pensé et calculé afin d'assurer aux divers appareils un fonctionnement efficace en dépit du vent, de la houle et de la pression.

Les premiers essais

Le 3 juin 1953, les travaux de construction sont terminés, le F.N.R.S. 3 est mis à l'eau à Toulon. Son poids est de 26 tonnes dont 10,5 tonnes pour la sphère. Sa longueur est de 26 mètres et sa largeur est de 3,35 mètres. Le flotteur est réalisé en tôle mince, il est divisé en 13 réservoirs d'essence dont la contenance totale est de 20 000 litres d'essence

.Georges Houot est alors nommé commandant du bathyscaphe. Plusieurs plongées d'essai sont réalisées entre juillet et décembre. Elles permettent de mettre au point les différents matériels.

Ainsi était satisfaite la clause des trois plongées, prévues par la convention franco-belge. Le 24 septembre 1953, une cérémonie très intime consacra ce fait et, devant les autorités françaises et belges, le F.N.R.S. 3 arbora pour la première fois le pavillon tricolore.

Ces sorties préparaient la grande plongée à 4 000 mètres, profondeur maximum pour laquelle l'engin avait été conçu. De tels fonds sont rares en Méditerranée, aussi l'opération devait-elle être effectuée à partir de Dakar ; la Marine possédait un bon arsenal dans ce port et les fonds de 4 000 mètres étaient relativement proches de la côte.

La plongée à 4050 mètres

En décembre 1953 le F.N.R.S. 3 fut embarqué à bord du cargo "Dives". Un pétrolier emporta notre essence à son bord et l'Elie Monnier, sous les ordres du commandant Ortolan, appareilla à son tour pour rallier Dakar.

La plongée à grande profondeur fut programmée pour le 15 février 1954.

A 9 h 45, le commandant Houot bloque les derniers écrous de la porte de la sphère, tandis que Willm procède aux vérifications d'usage. L'Elie Monnier signale que les dinghys se sont éloignés. La commande du remplissage du sas est manœuvrée, l'attente est brisée, l'engin s'enfonce.

A 10 h 08 l'antenne pénètre dans l'eau. L'aiguille du manomètre amorce sa rotation, 40 mètres, 50 mètres ; hors de la sphère, la nuit tombe. La vitesse de descente atteint déjà 30 centimètres à la seconde, ou si l'on veut, 1 100 mètres environ à l'heure.

A 11 h 30, le manomètre indiquant 2 000 mètres, Houot lâche une tonne de grenaille ; un écoulement de 100 secondes des 4 silos ! Plancton et jolies crevettes roses, zigzaguent en lumineuses arabesques dans la lumière des projecteurs.

A 12 h, profondeur 3 000 mètres. Un lâcher d'une tonne de grenaille immobilise le F.N.R.S. 3. Le loch retombe à 0. La température de la mer est de 5° C, celle de l'essence de 13° C. Son refroidissement réamorcera la descente dans quelques minutes. Houot et Willm vérifient tous les joints et presse-étoupes. Seul un raccord de manomètre fuit, laissant tomber de temps à autre une goutte d'huile sur la tête de celui qui se trouve au hublot. Tant pis pour ce shampooing.

A 12 h 27, 3 300 mètres et bientôt 3 500 mètres ! Houot et Willm surveillent attentivement l'approche du fond et Houot régle la vitesse de descente grâce à de petits lâchers de grenaille. L'aiguille du manomètre indique 380 kilogrammes-force par centimètre carré.

A 12 h 55, le sondeur indique le fond à 200 mètres. Houot réduit encore la vitesse. Le bathyscaphe, une masse de près de 90 tonnes avec son essence, doit avoir un poids relatif d'une vingtaine de kilos. L'instant est passionnant.

A 13 h, l'heure de la vacation : Houot envoie " V 40 " pour signaler que tout va bien à bord, que le FNRS 3 est à 4 000 mètres. Puis à 4050 mètres le fond apparaît : une tache blanchâtre, qui s'élargit progressivement. Le bathyscaphe s'immobilise. Trois années de travail ont permis de contempler ce coin de terre, apparemment constitué de sable fin, parsemé de petits trous et de buttes. Que de mystères à percer ! Bientôt voici une nouvelle rencontre. Willm prononce le nom de requin. Sans doute serait-il plus approprié de dire : un animal du genre squale. Il ondule doucement puis, satisfait de son examen, disparaît dans la nuit.

Il commence à faire très froid ; la mer est à 3 ° C et les 9 centimètres d'acier de la sphère forment un mur glacé

A 14 h, début de la remontée

A 15h20, le FNRS 3 est de retour en surface.

L'exploitation scientifique

Désormais le FNRS 3 est considéré par la marine comme opérationnel. Willm, doit quitter le FNRS 3 et rejoindre le Service technique des Constructions navales à Paris.

Le commandant Houot doit alors organiser l'exploitation scientifique du bathyscaphe et mettre au point une nouvelle convention entre la Marine et le C.N.R.S., réglementant les charges et les missions respectives de ces deux organismes.

C'est ainsi qu'à Paris, est mis en place un organisme, susceptible d'établir des programmes cohérents en ce qui concerne l'exploitation scientifique du bathyscaphe ; la présidence de ce comité échut tout naturellement au professeur Fage, le plus éminent des océanographes français.

De 1954 à 1961, pendant près de sept ans donc, le F.N.R.S. 3, sous la direction du commandant Houot, travaillera d'après les directives de ce Comité et emmènera au fond des mers des savants français, belges, américains, portugais, japonais, sans compter quelques journalistes (voir la liste des plongées). Petit à petit, un rythme de travail s'instituera. Le bathyscaphe étant essentiellement un navire, priorité sera évidemment donnée à son entretien. L'eau de mer et l'air marin conjuguent, nul ne l'ignore, leurs efforts pour détruire ce que l'homme construit ; les métaux se corrodent, les isolements électriques baissent rapidement, aussi le F.N.R.S. 3 passera-t-il nombre de mois chaque année à l'Arsenal de Toulon, en carénage ou en réparation. Une plongée exige que toutes les conditions de sécurité soient réunies et la promenade à plusieurs milliers de mètres sous la surface des mers ne doit présenter ni risques, ni surprises. Il ne faut pas que le savant remonte des grands fonds avec l'âme d'un héros. Les plongées, même les plus profondes, doivent relever de la routine.

 

Le FNRS 3 , Tour Royale à Toulon