2. Les bathyscaphes français

(1961 - 1974)

L'"ARCHIMEDE"

 

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Du FNRS3 à l'Archimède
Les premiers essais
Le Japon et la plongée à plus de 9 000 mètres
L'exploitation scientifique

 

Du FNRS3 à l'Archimède

Dès 1955, Houot et Willm font valoir au Comité du Bathyscaphe la nécessité d'envisager la construction d'un nouvel appareil. Soulever ce problème pouvait paraître prématuré, puisque le F.N.R.S. 3 n'était en service que depuis un an, mais ils savaient que l'obtention des crédits, puis la construction et la mise au point d'un second engin, prendraient des années. Les hommes de science, les journalistes et les radio-reporters, qui avaient eu le privilège de s'enfoncer dans les flots à bord du F.N.R.S. 3, admettaient à l'unanimité que le bathyscaphe était aussi maniable que sûr. Cousteau et Tailliez, deux spécialistes de la plongée sous-marine, avaient été parmi les premiers à souligner ses possibilités.

Les membres du Comité du Bathyscaphe se sont vite rendus aux arguments de Houot et Willm et, dès la séance du 8 novembre 1955, ils émettent le vœu que soit construit un engin, capable de plonger jusqu'à 11 000 mètres, de séjourner dans les grands fonds un nombre d'heures suffisant pour permettre un travail sérieux, et assez spacieux pour emporter à son bord davantage de matériel scientifique. En surface, les formes du flotteur devaient lui assurer une vitesse de remorquage de 8 nœuds.

A la fin de l'été 1958, les difficultés administratives étant surmontées, Houot et Willm peuvent passer au stade de la réalisation.

La sphère, pièce maîtresse du bathyscaphe, devait être capable d'accueillir davantage de matériel scientifique. Pour une sphère d'un mètre de rayon, un accroissement d'un centimètre de cette dimension correspond à une augmentation de volume de 125 litres. Sur l'insistance du commandant Houot, Willm accepte de donner à la sphère un diamètre de 2,10 m.
Forgée en acier spécial à haute limite élastique, cette sphère de 15 centimètres d'épaisseur, composée de deux hémisphères, accolés suivant un plan diamétral horizontal, devait peser 19 tonnes environ. Modification importante par rapport au F.N.R.S. 3, la porte fut placée au sommet, c'est-à-dire pour les passagers au plafond ; ainsi une large partie de la paroi se trouvait libérée au bénéfice de l'équipement scientifique. Dix trous, disposés sur un cercle concentrique à celui de la porte, serviraient au passage des câbles et des diverses tuyauteries. A bord du F.N.R.S. 3, ces orifices encerclaient le hublot. La nouvelle disposition permettait de changer un câble sans faire passer le bathyscaphe au bassin. Houot et Willm décident d'aménager trois hublots de dimensions réduites, obturées par des cônes en plexiglas (épais de 44 millimètres), derrière lesquels seront disposées des lunettes optiques. Ainsi pilote et scientifiques pourront observer sans se gêner.

Les Ateliers et Forges de la Loire demandèrent un délai de vingt mois pour réaliser la sphère. Ce délai permit à Willm et à ses collaborateurs de concevoir et de construire le flotteur. La sphère fut livrée à Toulon le 28 juillet 1960. Pour donner à ce nouveau bathyscaphe de meilleures qualités hydrodynamiques, Willm dessina le flotteur de façon à y encastrer la sphère. Autre modification, la baignoire, surmontant le flotteur, était désormais entièrement fermée. Cette disposition assurait de meilleures qualités hydrodynamiques en plongée et, au retour en surface, abritait les passagers des paquets de mer. En outre, toutes les boîtes de jonction se trouvant dans la baignoire, les électriciens pourraient dorénavant procéder par n'importe quel temps aux réparations ou aux aménagements nécessaires des circuits électriques.

Le lancement de l'Archimède eut lieu, à Toulon, le 28 juillet 1961.

 

Le C.N.R.S. détacha alors au Groupe des Bathyscaphes Henri Delauze pour qu'il prenne en charge le matériel scientifique ainsi que l'organisation des missions.

Les premiers essais

Grâce à la compréhension, tant du C.N.R.S. que de la Marine, ARCHIMEDE, pour faciliter le déroulement de ses missions, est doté d'un navire d'escorte le "Marcel Le Bihan" qui possède des ateliers, une grue puissante et une plage arrière dégagée.

L'ensemble Marcel Le Bihan et ARCHIMEDE prend alors le nom de Groupe des Bathyscaphes dont la commandant Houot assure le commandement.

L'achèvement du bathyscaphe, à présent à flot, prit des mois et ce n'est que le 5 octobre que l'Archimède effectua, à la remorque du Marcel Le Bihan, une sortie et fit sa première plongée...à 40 mètres !

Les essais et les mises au point des matériels scientifiques (notamment le pont roulant, les carottiers et les bouteilles à prélèvement) vont occuper la fin de l'année.

Il faut maintenant organiser les essais en grande profondeur et pour cela décider du choix de la fosse marine puisque les fonds en Méditerranée ne dépassent pas 5 000 mètres.

Le Japon et la plongée à plus de 9 000 mètres

Conçu pour permettre aux observateurs scientifiques de travailler dans les plus grands fonds, l'Archimède devait obligatoirement terminer ses essais dans une quelconque des fosses les plus profondes du monde.

Les solutions qui s'offraient étaient limitées en nombre. La Méditerranée, qui " culmine " à - 5 000 mètres au sud de la Grèce, était à éliminer. L'Atlantique ne pouvait convenir davantage, sa région la plus profonde, la fosse de Porto Rico, ne dépasse guère 8 000 mètres. Restait le Pacifique. Le besoin de disposer, à proximité de la zone d'opérations, d'une base offrant certaines facilités portuaires, d'une grue susceptible de soulever les 60 tonnes de l'Archimède, ainsi que des ateliers de réparation, réduisait le choix : Guam, les Philippines, ou le Japon ?

A regret, évidemment, force fut d'éliminer la base américaine de Guam et la fosse du Challenger, qui avait permis à Piccard et au lieutenant Don Walsh d'atteindre 10 916 mètres. Pour transporter l'Archimède jusqu'à Guam, il aurait fallu dérouter un cargo ou effectuer un transbordement en cours de route, et ces deux solutions se révélaient trop onéreuses.

Les Philippines étaient tentantes, mais les fosses de cette région sont situées à l'est de l'archipel, alors que Manille se trouve sur la côte ouest et cette disposition impliquait de trop longs remorquages entre les plongées.

Il était donc tout indiqué de choisir le Japon et la fosse des Kouriles, où le navire océanographique soviétique "Vittiaz" avait détecté des fonds de l'ordre de 10 500 mètres. C'est avec beaucoup de plaisir que les japonais acceptent d'accueillir l'Archimède.

Le 22 mars 1962, avec toute l'équipe du bathyscaphe à son bord, le Marcel le Bihan appareille de Toulon.

Le 4 avril l'Archimède part à son tour de Toulon installé sur le pont du cargo "Maori".

Le 8 mai, à Yokohama, l'Archimède et le Marcel Le Bihan sont à quai, côte à côte. Pendant qu'à Yokohama les préparatifs allaient leur train, le navire océanographique "Umitaka Marti" reconnaissait les lieux des futures plongées et fit savoir au commandant Houot qu'il était impossible de retrouver les 10 500 mètres signalés par le Vittiaz. Le sondeur du navire japonais refusait d'indiquer plus de 9 500 mètres. Grande déception pour toute l'équipe de l'Archimède !

Le 6 juillet au matin, le groupe prit la mer pour couvrir les 800 milles, séparant Yokohama de Kushiro, la base d'opérations au nord d'Hokkaido.

Le 10 juillet Archimède et le Marcel le Bihan entrent dans le port de Kushiro, où les attend la frégate japonaise,la "Matsu".

Le 13 juillet, en compagnie de la frégate Matsu, c'est l'appareillage pour les Kouriles. Trente-six heures de remorquage !

Le 15 juillet 1962 Archimède est au-dessus de la fosse, la profondeur maximum de 9 500 mètres est confirmée. Mais le temps fait dériver l'Archimède.

A 8 h 51 Houot et Willm installés dans la sphère quittent la surface.

9 h 30 Archimède atteint les 2000 mètres.

11 h Les 7 000 mètres sont dépassés.

11 h 39 Archimède se pose sur le fond, la profondeur est de 9 050 mètres.

14 h Après plus de deux heures d'exploration à plus de 9 000 mètres Houot et Willm décident de remonter.

Vers 18 h Archimède est de retour en surface.

Dans les jours qui suivirent deux nouvelles plongées permirent d'atteindre 9 500 et 9.200 mètres. Grâce à l'expérience acquise lors de la première plongée, le repérage du point de plongée avait été mieux mené.

Les essais étaient terminés et désormais Archimède était opérationnel. On avait pu tester, lors de la deuxième plongée, trois personnes dans la sphère (le second O'Byrne, Delauze et le professeur Sasaki). Tout s'était bien passé et cela deviendra donc l'habitude

L'exploitation scientifique

De 1962 à 1970 Archimède va effectuer de nombreuses plongées ( 139 : voir la liste des plongées ) et montrer une remarquable fiabilité.

Des campagnes vont être menées en Méditerranée, à Porto-Rico (avec les américains car le Trieste est incapable de satisfaire les besoins de leurs scientifiques), en Grèce, à Madère, au Japon (en 1967) et aux Açores.

En 1970 le commandant Houot prend sa retraite

En 1974 la marine et l'IFREMER (il a remplacé le CNRS) décident de mettre fin à l'exploitation de l'Archimède.

C'est le fin de l'exploration humaine des très grandes profondeurs (à plus de 6 000 mètres).

L'Archimède dans le hall de la Cité de la mer à Cherbourg